Finaliste de la Coupe d’Afrique des Nations 2013 avec le Burkina Faso, l’ancien international Alain Traoré n’est pas étonné par la récente annonce de la FIFA sur la date de la mise à disposition des joueurs africains par les clubs aux sélections concernées par la phase finale.
La FIFA a informé les fédérations africaines que les joueurs ne seront pas libérés le 8 décembre pour préparer la CAN, mais le 15. Êtes-vous surpris par cette décision tardive ?
Même pas. De toute manière, avant chaque phase finale de CAN, c’est toujours le même problème qui revient. Les clubs, notamment en Europe, font souvent pression sur les joueurs à l’approche de la phase finale. Ils menacent de ne pas les laisser partir, notamment. Cela s’est de nouveau produit cette année. Tant que la CAN se jouera en plein milieu de la saison, il y aura ce genre de polémique.
Ce qui pose problème aux sélectionneurs, c’est que cette annonce a été faite tardivement…
C’est normal. Il y a deux semaines, on leur dit que les joueurs seront libérés par les clubs le 8 décembre. Donc les fédérations font en sorte de finaliser le programme de préparation, avec les stages et les matches amicaux. Et quelques jours plus tard, on leur dit finalement que ce n’est plus le 8, mais le 15 ! Il faut se mettre à la place des fédérations qui ont réservé des billets d’avions, des hôtels, des terrains d’entraînement, conclu des matches amicaux.
Et aux sélectionneurs qui avaient établi un programme d’entraînement. Ce n’est pas correct. Evidemment, des sélections comme l’Afrique du Sud, le Botswana ou l’Egypte sont moins impactées, car beaucoup de leurs joueurs évoluent au pays. Mais pour les autres, c’est un vrai problème. Des sélections vont débuter leur stage avec moins de dix joueurs, on ne peut pas travailler correctement dans ces conditions.
Est-ce que cela aurait dû être réglé bien en amont ?
Bien sûr ! La CAN débute le 21 décembre, on connaît les dates depuis longtemps. Et on attend fin novembre-début décembre pour annoncer aux fédérations les dates de mises à dispositions des joueurs, lesquelles changent brutalement. Il fallait fixer tout cela en septembre ou en octobre. Mais tout cela n’a rien de surprenant finalement.
Pourquoi ?
Parce que la Confédération Africaine de Football (CAF) n’est pas assez forte. L’UEFA ou la CONMEBOL n’auraient jamais accepté cela. Cette instance doit se faire davantage respecter. La CAN n’est pas une petite compétition. Elle doit être traitée comme l’Euro, comme la Copa America ! Les clubs européens sont puissants, ils défendent leurs intérêts, ce qui est quelque part normal. Mais la CAF doit aussi défendre ses intérêts, et notamment la CAN, sa principale compétition.
Cette situation récurrente, avant chaque CAN, est-elle difficile à vivre pour les joueurs africains ?
Oui. Nous sommes tous patriotes, on a envie de jouer cette CAN, car on aime notre pays, notre sélection nationale. Vous ne trouverez pas un seul joueur qui n’a pas envie de la disputer. Mais quand votre club vous met la pression, quand on vous fait comprendre qu’à votre retour, votre place aura peut-être été prise par un autre joueur, forcément, cela pèse.
Il y a des joueurs qui se disent que c’est peut-être risqué de flinguer un contrat de trois ou quatre ans pour un mois de compétition avec sa sélection. Et avec la CAN en pleine saison, il y a d’autres conséquences.
Lesquelles ?
Je ne sais pas si vous avez remarqué qu’avant chaque phase finale de CAN, il y a moins de transferts de joueurs africains, notamment en Europe. J’ai eu cette impression lors du dernier mercato estival. Car des clubs peuvent hésiter à recruter pour un montant important un joueur qui va partir plusieurs semaines en pleine saison. Et qui va revenir fatigué, car la CAN est une compétition de haut niveau, avec beaucoup d’intensité physique et émotionnelle.
Sans parler du risque de blessure et des conséquences des conditions climatiques. Car quand vous évoluez par exemple en Allemagne, où il fait froid en décembre, que vous partez plusieurs semaines en Afrique où il peut faire très chaud et que le taux d’humidité est élevé et que vous revenez en Europe après une phase finale, c’est particulièrement difficile pour l’organisme.
Les sélectionneurs doivent donc faire preuve de subtilité au moment de composer leur liste…
Oui. Prenez le cas de Yoane Wissa (RD Congo). Newcastle United l’a recruté pour une grosse somme d’argent (57,7 millions d’euros), mais comme il est blessé (en septembre avec sa sélection, ndlr), il n’a pas encore joué avec son nouveau club. Il n’a pas encore repris l’entraînement individuel.
Le sélectionneur de la RD Congo (Sébastien Desabre) a donc eu raison de ne pas l’inclure dans la liste. Je pense même que si le joueur avait repris l’entraînement il y a quelques jours, le coach l’aurait laissé à la disposition de son club. C’est une attitude intelligente.
Pour que ce genre de problème disparaisse, il faut donc que la CAN se joue en juin et juillet ?
Absolument. J’espère que ce sera le cas en 2027 en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie. Que la CAN se dispute en juin et juillet, c’est bien ce qui avait été décidé par la CAF (en 2027) il me semble ? Mais il n’était pas possible de faire jouer la CAN 2025 en juin et juillet au Maroc, non seulement parce que certains stades n’étaient pas prêts, mais aussi en raison de l’organisation de la Coupe du Monde des clubs de la FIFA.
C’est toujours le même problème : on surcharge le calendrier, mais on ne demande quasiment jamais leur avis aux joueurs, qui sont les premiers concernés.
